**L’implantation de l’usine de pneus Shandong Yongsheng à Oujda, annoncée comme un investissement majeur pour la région, soulève des questions en matière de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et de développement durable. Entre création d’emplois, impact environnemental et le respect des normes industrielles, ce projet illustre les défis et opportunités des investissements étrangers au Maroc.**
Le groupe chinois Shandong Yongsheng Rubber Co. Ltd a officialisé en 2023 son projet d’implantation d’une usine de fabrication de pneus à Oujda, avec un investissement estimé à 300 millions de dollars. Porté par l’Agence marocaine de développement des investissements (AMDIE), ce projet s’inscrit dans la stratégie industrielle du Maroc, visant à renforcer le secteur automobile, l’un des plus dynamiques du pays.
Selon les autorités, cette usine devrait créer près de 1 200 emplois directs, une aubaine pour une région confrontée à un taux de chômage élevé. La fabrication de pneus implique l’utilisation de matières premières telles que le caoutchouc naturel, le pétrole et divers produits chimiques, générant des émissions polluantes et des déchets industriels.
Au Maroc, les projets industriels sont soumis à une étude d’impact environnemental (EIE), obligatoire pour obtenir l’autorisation d’exploitation. Toutefois, des ONG locales et internationales, telles que l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH), ont régulièrement pointé du doigt les lacunes dans l’application des réglementations environnementales, notamment dans les zones industrielles.
Sur le plan social, l’usine promet de stimuler l’économie locale, mais les conditions de travail et les salaires proposés seront scrutés. Le Maroc a renforcé son Code du travail ces dernières années, mais des écarts persistent entre les multinationales et les PME locales en termes de rémunération et de droits sociaux. Des syndicats, comme l’Union Marocaine du Travail (UMT), appellent à une vigilance accrue pour éviter le dumping social. Par ailleurs, la région de l’Oriental, où se situe Oujda, a connu plusieurs projets industriels ces dernières années, mais certains habitants dénoncent un manque de retombées durables.
D’autres pays africains, comme l’Éthiopie ou le Nigeria, ont attiré des usines similaires, avec des résultats mitigés. En Éthiopie, l’implantation du géant chinois Huajian dans le secteur de la chaussure a créé des emplois, mais des rapports ont révélé des conditions de travail précaires. Au Maroc, le secteur automobile, porté par des groupes comme Renault et Stellantis, a montré qu’une industrialisation responsable était possible, sous réserve d’un cadre strict.
Shandong Yongsheng devra donc prouver que son usine répond aux standards internationaux en matière de RSE, notamment ceux de l’Organisation internationale du travail (OIT) et des Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies.
L’usine de pneus Shandong Yongsheng à Oujda : opportunité économique ou défi durable
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Tandyna Baoumou
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